De la juste révolte à l'illusion collectiviste
"J'avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie". Ainsi commence le pamphlet de Paul Nizan, "Aden Arabie", écrit en 1932. Lu avec l'avant-propos de Jean-Paul Sartre écrit en 1960 qui en facilite le décryptage, ce texte dégage une révolte à l'état brut ainsi qu'une illusion étonnante sur la réalité du monde. Une illusion de jeune homme de vingt ans sans doute.
Nizan écrit contre l'étouffement culturel de son milieu bourgeois, de l'époque, de la pensée de ses professeurs de l'Ecole Normale supérieure. Cette révolte le conduit alors à s'échapper par le voyage, espérant ainsi trouver un monde autre, un paradis terrestre loin de cette prison de l'esprit. Hélas, il rencontrera d'autres prisons de l'esprit lors de son voyage au Moyen Orient:. Celle des coloniaux vivant entre eux et reproduisant à l'infini le mode de vie et de pensée de l'Occident. Celle des autochtones engloutis dans la tradition et la religion.
A vingt ans, le désir d' un autre monde est un sentiment normal, surtout dans une société que l'on peut imaginer cadenassée suite à la Grande Guerre. Plus tard, Nizan se réfugiera dans l'une des autres illusions de l'époque: le communisme lui permettra d'assouvir sa soif de révolte et de refus jusqu'à son décès précoce.
Cette soif d'autrement que nous ressentons parfois avec plus d'acuité selon l'äge et les événements de la vie, comment la réaliser intelligemment? Paul Nizan a su exprimer cette révolte avec talent ainsi que l'illusion de chercher ailleurs un paradis. Mais il n'a trouvé comme dérivatif que l'idéologie révolutionnaire de son époque. Bref, l'illusion collectiviste si belle en pensée, si irréalisable en pratique tant l'homme est encore imprégné de son instinct de défense et de survie et rarement capable de s'en dégager pour penser collectif.
La révolte est elle toujours belle et toujours in-féconde ? Peut-on trouver des exemples de volonté de tout changer n'ayant pas abouti à la dictature, l'écrasement d'autrui, le terrorisme physique ou intellectuel ?
La force de l'homme n'est-elle pas dans sa capacité d'agir pour le mieux dans la sphère personnelle, familiale et vouée à l'échec dès lors qu'elle se pare du désir de tout changer et surtout d'imposer la nouveauté? La petite action positive quotidienne ne porte-t-elle pas plus de bons fruits que l'action violente s'acharnant sur les instincts de l'homme pour les transformer en force collective?
La réponse n'est bien évidemment pas encore trouvée. Il semble toutefois que l'Histoire nous donne un certain nombre de pistes et que Paul Nizan, comme bien d'autres, a succombé au délire de vouloir apporter aux autres ,contre leur gré, ce qu'il pense être le Bien.
La révolte juste devenant dictature ou terrorisme a, hélas, encore de beaux jours devant elle...