Vieillesse et culpabilisation des familles

Publié le par Frédéric

Rappelons-nous la canicule de 2003. Décès de 15000 personnes dont de nombreuses personnes âgées. Ce drame s'est accompagné d'une forte culpabilisation médiatique: nous abandonnerions les personnes âgées au point de les laisser mourir de solitude après nous en être débarrassées.

Observons l'évolution globale de nos sociétés. La famille s'est resserrée aux parents et enfants, l'urbanisation dans de petits appartements et  la nécessité pour les adultes de travailler, l'accroissement des familles monoparentales ont rendu moins disponibles les actifs. 

Peut-on reprocher à un salarié, levé à 7h du matin, emmenant ensuite ses enfants à l'école, travaillant le reste de la journée et rentrant le soir fatigué, de ne pas avoir le réflexe d'aller voir les personnes âgées de son immeuble pour s'assurer qu'elles ont suffisamment bu de l'eau ? Le paradoxe voudrait donc que l'hyperactif consacre du temps à des personnes inoccupées du matin au soir ?  

Plus encore. Quand après de nombreuses démarches vous trouvez une place en maison de retraite pour l'un de vos aînés, un autre reproche vous est fait. Vous abandonnez l'ancien dans un mouroir ! Et si vous le laissez dans ses meubles, vous subirez les foudres des voisins ou des services publics qui ne manqueront pas l'occasion de vous faire remarquer que, quand même, laisser une personne de 95 ans à son domicile, ce n'est pas normal !  

La solution serait-elle d'accueillir la personne âgée chez soi? Mais tout le monde n'a pas une pièce en plus. La personne âgée souffrirait tout autant de solitude du fait de l'absence dans la journées des adultes partis travailler. Enfin, avez-vous fait cette expérience ? Comment élever ses enfants avec un autre adulte qui interviendra différemment des parents dans leur éducation ? Comment préserver son intimité déjà bien réduite par les enfants ? Comment faire accepter à son conjoint la présence de son père ou de sa mère à domicile ? 

Beaucoup d'humilité est nécessaire pour répondre à ces questions. Surtout, l'expérience de la situation fait vaciller bien des certitudes généreuses que l'on peut avoir hors contexte. Qui peut affirmer qu'il sera épanoui à laver la personne âgée vivant à son domicile, à supporter ses remarques éventuelles, à devoir programmer ses sorties et vacances en fonction de son état de santé, à entendre les complaintes éventuelles d'abandon lors de chaque promenade, qui peut affirmer ?

Nous vieillissons tous et nous devons tout faire pour accompagner nos aînés. Mais transformer sa vie en enfer ne rendra pas plus heureux l'aîné. Respecter les choix de chacun, considérer que les personnes âgées sont des adultes qui peuvent aussi faire des choix de vie et ne pas culpabiliser les familles qui font le mieux possible pour trouver des solutions dignes et acceptables, voilà peut-être ce qui rendra la vie plus facile à tous. 
    

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