Bernard-Henri Lévy: à découvrir avant de juger
BHL fait partie des écrivains suscitant des réactions fortes. Connu du grand public en 1977 avec "La barbarie à visage humain", sa dénonciation du communisme soviétique et sa volonté de communiquer en utilisant l'ensemble des médias, y compris la télévision, ont déclenché des réactions contrastées.
Pour certains, en effet, oser alors critiquer l'URSS était inacceptable. Qui plus est, quand cette critique émane d'un jeune homme s'exprimant à la télévision a contrario de l'image du philosophe rat de bibliothèque. Bref, tant le fond que la forme a segmenté fortement le public.
Le "problème" de BHL est donc originaire. Ses admirateurs et ses critiques ont aimé ou détesté d'emblée et l'objectivité d'analyse sur l'oeuvre de BHL est devenue quasi impossible. Le grand public réagit d'emblée en entendant ces 3 initiales, le plus souvent sans l'avoir lu et se fondant sur une image qui plaît ou déplaît. A vrai dire, dans le grand public, le négatif l'emporte sur le positif tant ceux qui apprécient cet écrivain et philosophe engagé n'osent le dire craignant les moqueries irrationnelles.
Et pourtant... derrière l'emphase réelle, parfois agaçante, il y a un talent stimulant, un courage des idées et de l'action, une vision haute de l'Homme.
Peut-être moins connus, les romans de BHL "Le diable en tête" -prix Médicis- et "Les derniers jours de Charles Baudelaire" - prix Interallié - se lisent avec délectation et poussent à la réflexion. Ce ne sont certes pas de simples romans de divertissement ,ce qui peut aussi expliquer le rejet par les partisans du livre comme uniquement objet de détente.
Son oeuvre philosophique, dans laquelle BHL explore notamment les différentes idéologies, nous ouvre les portes d'une meilleure compréhension du monde.
Quand, enfin, BHL parcourt le monde afin de mieux comprendre les guerres oubliées, d'observer, toucher la réalité pour ne pas se fier simplement à cet intermédiaire douteux qu'est la presse, le lecteur est lui ausi en situation de compréhension et d'analyse. "Qui a tué Daniel Pearl" devient alors un voyage extraordinaire, sidérant , à la recherche des assassins du journaliste américain au Pakistan, une plongée effrayante au sein d'un islamisme dévoyé dont nous comprenons alors mieux les ressorts et les dangers.
Cette volonté de BHL de transformer certains ouvrages en un "live" au coeur de l'événement est exceptionnelle. Autre exemple, "American vertigo" dans lequel nous parcourons avec lui les USA d'avant Obama nous fait mieux approcher les raisons de cette élection, qui semblait improbable à beaucoup.
Loin des préjugés, dont l'intéressé a sans doute parfois été le déclencheur, Bernard-Henri Lévy mérite d'être lu pour la richesse de ses explorations d'idées, de lieux et pour sa démarche de confrontation avec la réalité.