Désobéissance civile: quelle légitimité?
Le thème de la désobéissance civile est venu dans l'actualité suite au non respect de consignes ministérielles par quelques enseignants. Dans un contexte où des membres de l'élite du secteur financier ont failli, des citoyens s'interrogent sur la légitimité des règles fixées par d'autres élites, qu'ils doivent appliquer dans leurs activités professionnelles.
A dire vrai, le découplage entre les élites (dirigeants et cadres dirigeants) et les managers de proximité, employés, ouvriers n'est pas une nouveauté. Des concepts "géniaux" nés dans les cabinets ministériels ou dans les étages supérieurs des entreprises, à leur mise en oeuvre par la production et son encadrement, la cassure est fréquente.
A bon escient parfois ! Certains services ne peuvent fonctionner qu'en contournant des consignes afin d'humaniser les relations avec la clientèle. Et des entreprises au management de court terme devraient mesurer le nombre de clients perdus suite à des ventes forcées qui éloignent définitivement les victimes et décridibilisent une profession.
Cependant, la question de la légitimité des acteurs de la désobéissance civile se pose. Concrètement, pour décridibiliser un argument syndical, rien de mieux souvent qu'un...syndicaliste. Le "nonnisme" à tout, l'opposition systématique et mal argumentée peut frôler l'incohérence, quand ce n'est pas le ridicule (remake de lutte des classes).
L'argumentaire des opposants systématiques repose en effet souvent sur le "c'était mieux avant". Un âge d'or sert alors de référence et ne convainc qu'une minorité. Le second argument, les effectifs, certes...Mais le critère d'efficience peut souvent montrer que, sauf si un seuil critique est atteint, des marges de manoeuvre existent.
Pour l'Education Nationale, on peut supposer que ces marges de manoeuvre sont réelles pour des enseignants travaillant 8 mois par an et 20 heures par semaine (oui, les corrections sont en plus ainsi que la préparation des cours, mais de nombreux cadres ont les mêmes contraintes à leur domicile en plus de leurs 40 heures par semaine...) .
La désobéissance civile, quand elle n'est qu'une arme de défense de ses habitudes, ne peut être cautionnée. Quand, par contre, elle est outil pour démontrer des incohérences, faire connaître une souffrance ou résister à une oppression, sa légitimité peut être entendue.